“Dans le Haut-Rhin, l’État a laissé crever le hamster pour la monoculture de maïs”

par Antoine Gransard
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Face à l’urbanisation galopante, à l’artificialisation des terres agricoles et la monoculture industrielle de maïs, un petit rongeur de 20 à 30 cm de long, dénommé « Cricetus cricetus » fait de la résistance. Aidé par une troupe de défenseurs, le Grand Hamster vient pourtant d’être classé début juillet par l’UICN (Union Internationale de Conservation de la Nature) en « danger critique d’extinction ». Considéré comme une « espèce parapluie », c’est-à-dire comme « un indicateur révélant la bonne santé de notre biodiversité (…) Sa régression est symptomatique d’un appauvrissement de l’écosystème de la plaine d’Alsace. » L’association Sauvegarde Faune Sauvage lutte pour la survie de cet animal emblématique d’Alsace. Entretien avec Jean-Paul Burget, président de l’association.


Début juillet, l’UICN (Union Internationale de Conservation de la Nature) vient de passer le grand hamster du statut d’espèce en « danger d’extinction » à celui d’espèce en « danger critique d’extinction », quel est ton avis ?

C’est inévitable, la population de hamster est en régression partout en Europe depuis des années, notamment à cause de la monoculture de maïs. En Alsace dans les années 70, on avait 4 000 hamsters dans le Haut-Rhin et environ 10 000 dans le Bas-Rhin. A l’heure actuelle sans le programme de renforcement, il en reste 4 dans le Haut-Rhin et de 700 à 800 hamsters dans le Bas-Rhin.

Pourtant, le hamster est passé du statut de « nuisible » à celui d’espèce protégée en 1993…

En 1993, j’ai fais protéger l’espèce avec Philipe Arnaud et Michel Barnier et en 1998, j’ai demandé un plan d’action à la suite de recommandations au Conseil de l’Europe pour que l’État français agisse. Le premier élevage de hamster pour des réintroductions en milieu naturel a été lancé aussi en 1998.

Malgré cela, la population est en chute libre, les pouvoirs publics en font-ils assez ?

En Alsace, 80% de la faune et de la flore alsacienne ont été détruites en 30 ans. On relâche 500 hamsters grosso modo par année, il faudrait en relâcher 1 000 au minimum et réaliser plus de zones collectives. Le monde agricole dans le Bas-Rhin a joué le jeu mais il est nécessaire de doubler les zones collectives et le blé sur pied où il y a du hamster. Dans le Haut-Rhin, l’État français a fais crever le hamster pour la monoculture de maïs. En Alsace, rien n’a été fais sur le long terme pour maintenir l’espèce, 10 hectares ont été achetés mais ce n’est pas suffisant. De même, les conventions sur 1 an, 2 ans ou 3 ans, c’est beaucoup trop court mais cela permet d’éviter les amendes de la Commission Européenne.

L’association Sauvegarde Faune Sauvage a porté plainte contre l’État français auprès de la Commission Européenne pour manquement à la directive « Habitats Faune Flore ».

En 2003, je voulais lâcher des hamsters parce que je savais que la monoculture de maïs détruisait tout. L’ensemble des élus et des préfets étaient contre, j’ai donc demandé à l’Élysée sous le mandat de Jacques Chirac de pouvoir relâcher des hamsters. En 2007, nous avons porté plainte et en 2011 l’État a été condamné.

Depuis, il y a un suivi de l’espèce.

Peux-tu nous parler du projet de l’association de renforcer la population du grand hamster ?

On relâche chaque année entre 500 et 600 hamsters. On a la possibilité d’en relâcher 1000, ce qui est pour nous le seuil minimal pour sauvegarder l’espèce mais l’État ne veut pas.

Est-ce que les alsaciennes et les alsaciens sont sensibilisés à la disparition du grand hamster ?

Il y a des articles de presse sur le sujet mais ce n’est pas suffisant. C’est identique au niveau national, sur les problématiques environnementales très peu de personnes sont réellement impliquées, l’Alsace n’y échappe pas.

Et à l’avenir ?

Et bien si la population se maintient, c’est très bien. Si ce n’est pas le cas et bien nous porterons plainte à nouveau contre la France auprès de la Commission Européenne. Si c’est le seul moyen de les mettre devant le fait accompli, nous le ferons.

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