Guimouth : chasseur d’images

par Antoine Gransard
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Surnommé Guimouth, ce passionné de nature, auteur de la page « L’œil de Guimouth » a commencé la photographie en tant qu’autodidacte il y a trois ans. Adepte de la photo naturaliste pour retranscrire au mieux l’instant capturé, il photographie la faune locale à deux pas de chez lui, dans la vallée de l’Austreberthe en Seine-Maritime. Vêtu de sa tenue de camouflage et de son appareil, il nous montre qu’il est possible de s’émerveiller au détour d’un chemin de campagne, d’un chemin forestier ou au fond de son jardin.


Qu’est-ce que tu aimes dans cette activité ?

C’est devenue une activité quasiment quotidienne, journée de repos est souvent égale à journée de photo. Je pars très souvent à l’aube, les animaux sont de plus en plus nocturnes comme le renard par exemple. C’est ce que j’aime, partir tôt et se retrouver comme seul au monde dans la nature, de tomber sur un chevreuil en train de manger et de l’approcher sans le déranger. L’intérêt est vraiment d’approcher, de faire une série de clichés sans déranger l’animal, c’est toujours une satisfaction. Il y a aussi des photographies « imprévues », je peux mettre parfois une heure pour parcourir un kilomètre. Je marche sur la pointe des pieds, surtout l’hiver lorsqu’il n’y a plus de végétation pour se cacher, il faut être attentif, le but du jeu est de voir avant d’être vu.

Quand tu pars sur le terrain, as-tu déjà un objectif en tête ? Une photo à réaliser ?

Cela dépend des saisons, depuis juin et la naissance des renardeaux, le soleil se lève dès 6 heures du matin, les adultes sortent du terrier pour chasser et nourrir les petits. Ce qui me motive en ce moment à me lever à 5 heures du matin, c’est le renard, mon animal de prédilection ! Sinon, en règle général, je n’ai pas d’objectif particulier, je suis capable de m’allonger par terre pour prendre en photo un insecte posé sur une brindille, un jeu de lumière sur une fleur, un oiseau qui chante sur une branche.

Des anecdotes, moments marquants ?

J’en ai beaucoup mais c’est surtout lorsque tu loupes LA photo. Je me rappelle la première fois que j’ai vu une renarde muloter à l’aube, elle venait de terminer son tour, la lumière perçait tout juste l’obscurité, elle sort sur le chemin à cinq mètres de moi avec la gueule remplie de mulots, je déclenche une fois, deux fois pour finalement me rendre compte que les réglages de l’appareil étaient mauvais… Une déception mais aussi très content d’avoir pu observer cela de près.

Il y a-t-il un endroit ou une espèce que tu rêves de photographier ?

J’aime particulièrement la montagne, je rêvais d’approcher et de photographier le chamois, un rêve que j’ai réalisé l’été dernier. J’aimerai aussi photographier l’ours, le loup, le lynx, ces prédateurs que l’on s’obstine à vouloir abattre, on se refuse à leur retour alors qu’ils ont tout à fait leur place dans nos contrées.  

Tu rencontres beaucoup de chasseurs, as-tu une opinion sur la chasse ?

Je ne me positionne pas comme un anti-chasse car je n’aime pas ce terme devenu à la mode avec les réseaux sociaux, mais pour moi il est important d’entamer une réforme profonde de la chasse et de ses pratiquants. Ensuite, on ne partage pas la même vision, quand je repars avec mon appareil, le chevreuil est toujours vivant. Certaines pratiques devraient aussi être interdites, le déterrage de renards, de blaireaux, le piégeage, le tir pendant le brame du cerf mais également la chasse à courre…

Je pense qu’il y a beaucoup de mensonges et de fausses idées véhiculées par cette activité. On emploie un vocabulaire particulier pour masquer les faits : gestion cynégétique ou encore le terme de « prélèvement », pour moi « prélever » c’est juste tuer. Dans mon secteur cet hiver, je n’ai recroisé quasiment aucun renard, à force de parcourir le secteur, je suis capable d’identifier les animaux par leur signe distinctif. J’ai quand même recroisé en avril dernier, un renard surnommé « neuilneuil », il n’a qu’un seul œil, c’est devenu un peu une mascotte, à travers mes photos, les gens se sont un peu attachés à lui. Pour moi, il est toujours là, je ne désespère pas de le recroiser avant la fin de la saison.

Les chasseurs nous expliquent qu’il y a beaucoup de renards, à part en ce moment, le restant de l’année je n’en croise aucun. C’est un animal fantomatique. Il devient nocturne à cause de la pression de chasse, le renard sait aussi que s’il sort la « tête du bois, il est mort ». C’est aussi ce qui s’est passé cet hiver, pour la première fois, il y a eu plus de chasses dans mon secteur, les chasseurs « ont éclaté » quatre renards. J’emploi le mot « éclater » parce que pour moi, il n’y a aucun respect par rapport à l’animal abattu, j’en ai retrouvé deux sur place dont un avec la mâchoire éclatée…

As-tu constaté une évolution de la faune sur ton secteur ?

Il y a de nombreuses fausses idées comme celle de sauver le petit gibier. Je ne peux pas entendre que le renard est « nuisible » et que d’un autre côté on lâche des faisans d’élevage dans la nature.

 Je suis ici depuis une dizaine d’années, j’ai connu les cinq premières années où les bois aux alentours étaient encore « sauvages ». Depuis cinq ans, le secteur est géré par la chasse, j’ai pu constater les transformations. Des coupes d’arbres massifs pour permettre aux ronces de pousser en sous-bois, les sangliers adorent les ronciers pour s’y cacher, création de trous d’eau artificiels pour que les sangliers viennent se frotter et se rouler dans la boue, pose de pierres de sel pour attirer les chevreuils. Tout est fait pour que les animaux se sédentarisent sur le secteur, se reproduisent, pour être ensuite chassés. On parle aussi de « régulation », mais il faut savoir que dans les chasses privées seuls les mâles sont tirés, les femelles peuvent continuer de se reproduire, c’est l’assurance d’une saison de chasse à venir, le calcul de la régulation est donc tronqué en quelque sorte… Cela n’est pas une régulation ‘’ honnête ‘’.

Autre exemple, je ne croisais jamais de faisans, notamment du Faisan vénéré, désormais c’est le cas. Ils sont issus d’élevage pour être lâchés dans la nature et ensuite chassés. Pour revenir au renard, ils sont la plupart du temps occupés à chasser des mulots ou autres petits rongeurs et ne se préoccupent pas des faisans par exemple, cette idée de sauver le petit gibier n’a donc aucun sens. Je suis déjà tombé sur une scène amusante, pendant le brame en affût, un renard qui croise un faisan, ils se sont arrêtés presque pour se dire bonjour puis chacun est reparti de son côté.

Un conseil à donner pour des personnes qui souhaitent se lancer dans la photo animalière ?

Avant de penser à faire de la photo, il faut déjà connaître la nature un minimum. C’est ensuite beaucoup de repérages, il y aussi beaucoup de surprises. Récemment, j’ai réalisé ma plus belle photo de renard quasiment sans effort, il était 11 heures sur un chemin où je passe 250 fois dans l’année, un renard assis tranquillement au bord du chemin, je n’avais plus qu’à déclencher. Parfois, c’est aussi beaucoup d’efforts sans résultat, j’ai approché il y a peu de temps une chevrette pendant une demi-heure. J’étais trempé par la rosée du matin, caché dans les orties et au moment où je finis de me mettre en place, elle avait terminé de manger et elle regagna les bois. Encore un coup pour rien, photographiquement parlant.

 Mais c’est toujours un bonheur de les observer !

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Inne Guillaume 5 juillet 2020 - 20 h 31 min

Merci Antoine, au plaisir !!
Guimouth

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Altazin 5 juillet 2020 - 20 h 56 min

Super article ! Guimouth est très bon dans son domaine .

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PHILIPPE DELATTRE 6 juillet 2020 - 15 h 06 min

bravo pour cet article qui est vraiment le même ressenti que j’ai pour la photo animalière, oui le renard mérite que le laisse tranquille car pourchassé toute l’année c’est plus possible que l’état n’ouvre pas les yeux sur cette pratique abusif de cette acharnement sur un animal utile ! 6000 a 10000 mulots chaque saison sont prélevés par le goupil !

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