Lettre ouverte des participants de Parole d’ours 2019 aux responsables de l’État et aux élus des Pyrénées.

par Antoine Gransard
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« Nous attendons plus de vous… », ne pas céder à la violence des anti-ours.

Les bénévoles et encadrants de Parole d’ours, suite à leur expérience, ont ressenti la nécessité d’écrire une lettre ouverte à l’administration et aux élus, pour leur demander d’avoir une attitude plus claire et ferme face aux opposants violents, qui ne sont qu’une petite, toute petite minorité, de la population pyrénéenne et de soutenir plus fermement les personnes qui mettent en œuvre des mesures favorisant la cohabitation avec l’ours, de créer les conditions de paroles libres.

Majorité favorable à l’ours et climat de crainte

Pendant l’été 2019, nous, bénévoles et encadrants de Parole d’ours, avons sillonné les Pyrénées. Cette action d’information et de sensibilisation autour de l’ours, portée par FERUS depuis 2008, nous conduit à rencontrer sur les marchés ou dans les commerces des personnes qui vivent et habitent les vallées et le piémont pyrénéens.

Porteurs de paroles, nous étions aussi à l’écoute. A l’écoute des personnes, habitantes des vallées, y travaillant, y vivant, y tenant souvent commerces. Les fréquentant aussi parfois depuis plusieurs années avec passion et connaissances.

Alors que depuis 2008 les résultats de Parole d’ours, les sondages et les rencontres de terrain confirment sans aucun doute que la présence de l’ours, sa protection et les lâchers ont l’assentiment de la grande majorité de la population habitant dans les Pyrénées (60 % environ pour les lâchers) et plus encore au-delà (75 % environ), nous avons aussi rencontré des propos et des récits dérangeants.

Une « drôle » d’impression ressort de ces quelques paroles entendues, des récits faits, le plus souvent spontanément : celle d’un climat de crainte, de peur voire de terreur que désirent imposer des anti-ours. (Nous soulignons le « des », car tous les opposants à la présence de l’ours dans les espaces pyrénéens ne sont pas de la même mauvaise trempe !) Une tentation de « terrorisme » que la mise à feu d’une voiture de l’ONCFS illustre.

Le plus couramment, notamment sur les marchés, nous sommes encouragés à continuer et, en même temps, mis en garde par des « vous n’avez pas peur ? », « vous savez qu’ici ils sont contre, s’ils vous voient… » Un ensemble de petites phrases qui montrent l’intériorisation par les habitant.es et les habitué.es des Pyrénées, d’un climat « d’omerta » qui tend à exister plus ou moins fortement. N’est-ce pas ce qu’exprime cet habitant, professionnel des loisirs de montagne, lorsqu’il dit : « Ici, la majorité des personnes sont pour l’ours, mais elles n’osent pas le dire, on ne veut pas d’ennuis… »

Nous avons rencontré des commerçants, peu nombreux, qui refusent de prendre la documentation car ils ne voulaient pas de problèmes « avec les autres ». Parfois même, c’était « j’en prends un pour moi, ça m’intéresse, mais pas pour le magasin ». Parfois le récit, spontané, décrit une véritable intimidation : « j’avais un autocollant pour l’ours sur la vitrine, ils sont arrivés un matin, à plusieurs, quand j’étais toute seule et m’ont menacée si je ne le sortais pas de tout casser, et même plus… J’ai eu peur, je l’ai sorti de suite. J’étais toute seule ! »

Nous avons eu écho d’agents de l’administration, représentants d’institutions en lien avec cette problématique qui peuvent se sentir seul face à des menaces presque quotidiennes envers eux et parfois leur famille. Jusqu’à l’école…

Nous avons eu écho, encore, des pressions que subissent des éleveurs qui acceptent (sans nécessairement être pour) la présence de l’ours et mettent, ou veulent mettre, en œuvre les moyens de protection de leurs troupeaux. Et parfois en sont réduit à renoncer… Un exemple de cet été, n’est-il pas celui de cet éleveur dont le chien de protection, faisant son travail, a mordu un passant qui ne tenait pas son chien en laisse ? Comment, élus et autorités administratives l’ont-
elle aidé à faire face à ce problème ? En favorisant l’euthanasie d’un chien de protection qui a fait son travail ?

Nous avons eu, dans l’ensemble de ces échanges, l’impression que les opposants à la présence et la conservation de l’ours dans les Pyrénées, sont bien plus écoutés et accompagnés par les pouvoirs publics, les élus que les personnes acceptant ou soutenant le renforcement de la population d’ours qui est pourtant la politique pour la biodiversité portée par l’Etat. Cela se traduit notamment par l’indemnisation rapide des dégâts supposément dus à l’ours, avant même toute conclusion d’expertise, indépendamment de la promotion et de la mise en œuvre des mesures de protection aidées. Preuve de cette carence, nous avons rencontré des éleveurs qui ne savent pas l’existence des aides accompagnant les mesures de protection des troupeaux !

Un climat d’impunité

Les propos des élus expriment le plus souvent leur compréhension des violences ou des actes délictueux, ne dénonçant jamais clairement celles subies par les associations, par les agents de l’administration. Il faut, selon eux, plaindre ces éleveurs, présentés comme bergers qu’ils ne sont pas, faire pleurer dans les chaumières et les appartements, alors qu’ils ne les incitent pas à innover en pratiquant un pastoralisme moderne compatible avec les prédateurs, la mise en valeur des milieux et la biodiversité pyrénéenne.

Les anti-ours extrémistes veulent empêcher la parole libre, démocratique sur la question, s’opposant dans des réunions d’information sur l’ours, des rencontres de nos associations ; traitant parfois notre présence de « provocation », demandant de quel droit nous sommes là… Ne trouvant pas l’assentiment des personnes sur les marchés, ils n’insistent pas. Nous avons vu dans la presse cette affichette posée sur un chemin de grande randonnée (sur lequel quelques jours avant certains d’entre nous marchaient) appelant à la destruction d’une espèce protégée, menaçant les randonneurs d’accident. Nous faut-il rappeler ce rassemblement d’opposants cagoulés (comme des terroristes!) qui brandissaient des armes à feux, déclaraient « ouverte la chasse à l’ours et la résistance active face aux agents de l’État » à l’automne 2017 ? Curieusement toujours impuni…

Au-delà de la question de l’ours, des politiques pour sa conservation dans les Pyrénées, face à ces pratiques « pré-terroristes » (promouvant une culture de la peur, de la crainte) de certains anti-ours, l’absence de réaction ferme de l’Etat, de poursuites judiciaires, la complaisance des élus, sont des manquements qui menacent la pérennité des pratiques démocratiques, de l’Etat de droit.

Les derniers événements de cet automne nous laissent croire que vous n’avez pas encore pris la mesure du climat de peur anti-démocratique que vous entretenez ! Il n’est pas trop tard pour réagir.

Nous attendons plus de vous, Mesdames, Messieurs, les ministres, les préfets, les directeurs des services de l’État, nous attendons que vous privilégiez l’appui, le soutien à qui accepte ou participe à la sauvegarde de l’ours dans les Pyrénées, aux mesures de protection des troupeaux.

Nous attendons plus de vous, Mesdames, Messieurs les députés, sénateurs, élus régionaux et départementaux, maires, nous attendons que vous ne tolériez pas sur vos territoires de référence l’existence, entretenue par une minorité dont vous connaissez bien certains membres, de cette volonté de construire un état de peur, contraire à l’idée même d’élection démocratique !

Un peu de courage pour défendre la liberté d’expression, le respect de l’autre, faites-vous entendre !

Signataires : Diana Gay, Dylan Dumont, Patrick Papola, Mélodie Berthier, Mélanie Bendejac, Marine Felten, Antoine Gransard (Collectif Monsieur Renard), Augé Dumouch, Léa Bouet, Annick Druart, Peirre Brauener, Renaud de Bellefon, Christine Sans

PS : c’est volontairement qu’aucun lieu n’est précisé, ni le nom des personnes. Les propos ont pu être légèrement modifiés pour ne pas être identifiables.

Pour en savoir plus : site de l’association FERUS, bilan de Parole d’Ours 2019 et notre article sur l’Ours dans les Pyrénées.

Photo de couverture : Flickr / Paul Appleton / Creative Commons

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